﴾ The Night of Measure is better than a thousand months. ﴿
The elative khayr has had its hamza dropped: in origin it is akhyar, "more good." And it is an open preference. It was not said "better than them by such a quantity," nor "higher by such a ratio." The goodness was released over the whole of the comparison. What there is of good in the night exceeds what there is of good in a thousand months, with no ratio fixed at all. And in al-Baqara, when good is named together with abundance, the same turn comes: ﴿وَمَن يُؤْتَ الْحِكْمَةَ فَقَدْ أُوتِيَ خَيْرًا كَثِيرًا﴾, "and whoever is given wisdom has been given much good." Abundant good is not a number that swells, it is a running that branches. And in the Night of Measure it is the same kind: no quantity of time, but a running that outruns every quantity.
And that one word, khayr, carries the whole weight of the answer to the question before it. It was not said "she is the night of such and such," but "she is better than such and such." The defining goes by way of the effect, not by way of the quiddity. And the effect is a balance of another species: it is not measured by the parts of what it measures, but by what it does in it. The word precedes the term, and the effect precedes the definition.
Alf, "a thousand," is not in this tongue a bare number. Its root ʾ-l-f is the root of īlāf: the drawing together of souls and their gathering upon one single thing. The thousand is a numerous and gathering number, and it calls for the knitting of all its units into the completeness of the count. And in Sūrat Quraysh, nine Surahs further on in the order of the muṣḥaf, the īlāf comes out in the open: ﴿لِإِيلَافِ قُرَيْشٍ إِيلَافِهِمْ رِحْلَةَ الشِّتَاءِ وَالصَّيْفِ﴾. The root gathers people upon the journey, and gathers time upon a great number.
And shahr, "month," in its root sh-h-r, is an announcement that spreads out before everyone, because the month is opened by the sighting of the crescent. The month is therefore a published time, a proclaimed one, and a thousand months a proclaimed time knotted into one larger whole. Facing it: a single veiled night. The veil in one pan, the announcement in the other, and the balance leans toward the veil.
And this is why the answer teaches in a way that cannot be shaken off: what runs under the veil exceeds what runs in the announcement. The night that no one knows of exceeds a lifetime proclaimed from end to end. And the word precedes the term, and the role precedes the identity: the role of this night in the distributing of the measures precedes every name pronounced over her.
A thousand months make eighty-three years and four months. That is, near enough, the middle of what a human being may live. The Surah chooses this number and no other: the measure of a whole life laid in one pan, and one single night laid in the other. And whoever reaches this night with a waking heart has taken hold of more than his own lifetime takes hold of.
And this unfamiliar sharing-out uncovers a deeper sense in the root itself. Qadr, in its root q-d-r, is a weighed power that extends according to its own measure. And the measures are not of equal weight. A moment weighs a year, and a year weighs an hour. The divine balance breaks the straight line of the time that is known, to open a time of uneven density.
And the reader who enters this Surah carrying his habitual time loses his place in her. Time here is not counted in hours, it is counted in measure. Whoever wants to catch this night does not catch her by counting the hours he stands, but by opening himself to what comes down. And then the count comes out straight: an opened moment equals a closed lifetime.
The question of the verse before was not answered with a definition, but with a comparison. "The Night of Measure is better than a thousand months": a thousand months passes eighty-three years, a whole human life. One night exceeds everything a human being might live through in a lifetime. Khayr (kh-y-r) is indefinite, and it is an elative whose hamza has fallen: the root turns on the running of benefit and its extension, not on a quantity at rest. The preference does not bear on the quantity of time, but on what runs in the vessel: what runs in this night changes the balance of what runs in a thousand months. And it is as though the settled choice of this one number pointed to the fact that what no definition bounds may be brought near by a number that opens and does not close.
﴾ La Nuit de la Mesure vaut mieux que mille mois. ﴿
La forme de préférence khayr a perdu sa hamza : elle vaut akhyar à l'origine. Et c'est une préférence ouverte : il n'est pas dit « meilleure qu'eux de telle quantité », ni « supérieure selon tel rapport », mais la bonté est lâchée sur toute la mise en regard. Ce qu'il y a de bien dans la nuit dépasse ce qu'il y a de bien dans mille mois, sans qu'aucun rapport soit fixé. Et dans al-Baqara, quand le bien est dit avec l'abondance, la tournure est la même : ﴿وَمَن يُؤْتَ الْحِكْمَةَ فَقَدْ أُوتِيَ خَيْرًا كَثِيرًا﴾. Le bien abondant n'est pas un nombre qui grossit, c'est un écoulement qui se ramifie. Et dans la Nuit de la Mesure, c'est le même genre : nulle quantité de temps, mais un écoulement qui dépasse toute quantité.
Et ce seul mot, khayr, porte tout le poids de la réponse à la question du verset précédent. Il n'est pas dit « elle est la nuit de telle et telle chose », mais « elle vaut mieux que telle chose ». La définition passe par l'effet, non par la quiddité. Et l'effet est une balance d'une autre espèce : il ne se mesure pas aux parties de ce qu'il mesure, mais à ce qu'il y fait. La parole précède le terme, et l'effet précède la définition.
Le mot alf, « mille », n'est pas dans la langue un simple nombre. Sa racine ʾ-l-f est celle de l'ʾīlāf : le rapprochement des âmes et leur rassemblement sur une seule chose. Le millier est un nombre nombreux et rassembleur, qui appelle l'ajustement de tous ses termes dans la complétude du compte. Et dans Quraysh, sourate voisine, l'ʾīlāf paraît en toutes lettres : ﴿لِإِيلَافِ قُرَيْشٍ إِيلَافِهِمْ رِحْلَةَ الشِّتَاءِ وَالصَّيْفِ﴾. La racine rassemble les gens sur le voyage, et rassemble le temps sur un grand nombre.
Et shahr, « mois », dans sa racine sh-h-r, est une annonce qui se répand devant tous, car le mois s'ouvre par la vue du croissant. Le mois est donc un temps publié, proclamé, et mille mois un temps proclamé noué en une unité plus vaste. En face : une seule nuit voilée. Le voile dans un plateau, l'annonce dans l'autre, et la balance penche vers le voile.
Et voilà pourquoi cette réponse est un enseignement dont on ne se défait pas : ce qui se joue sous le voile dépasse ce qui se joue dans l'annonce. La nuit dont nul n'a connaissance dépasse une vie entière proclamée d'un bout à l'autre. La parole précède le terme, et le rôle précède l'identité : le rôle de cette nuit dans la répartition des mesures précède tout nom que l'on prononce sur elle.
Mille mois font quatre-vingt-trois années et quatre mois. C'est, à peu près, la moyenne de ce qu'un être humain peut vivre. La sourate choisit ce nombre-là précisément : la mesure d'une vie entière, posée dans un plateau, et une seule nuit posée dans l'autre. Et qui atteint cette nuit d'un cœur éveillé a saisi plus que ce que saisit sa propre vie.
Et ce partage inhabituel découvre un sens plus profond dans la racine même. Le qadr (q-d-r), dans sa racine, est une puissance pesée qui s'étend selon sa mesure. Et les mesures ne sont pas de poids égaux. Un instant pèse une année, une année pèse une heure. La balance divine brise la ligne droite du temps que l'on connaît, pour ouvrir un temps de densité inégale.
Et le lecteur qui entre dans cette sourate avec son temps habituel y perd sa place. Le temps, ici, ne se compte pas en heures, mais en mesure. Qui veut saisir cette nuit ne la saisit pas en comptant les heures qu'il passe debout, mais en s'ouvrant à ce qui descend. Et le compte, alors, tombe juste : un instant ouvert vaut une vie fermée.
La question du verset précédent n'a pas reçu de définition pour réponse, mais une comparaison. « La Nuit de la Mesure vaut mieux que mille mois » : mille mois passent quatre-vingt-trois années, une vie humaine entière. Une seule nuit dépasse tout ce qu'un être humain peut vivre au long de sa vie. Khayr (kh-y-r) est indéterminé et c'est une forme de préférence dont la hamza est tombée : la racine tourne sur l'écoulement du profit et son extension, non sur une quantité immobile. La préférence ne porte pas sur la quantité de temps, mais sur ce qui coule dans le vase : ce qui se passe en cette nuit change la balance de ce qui se passe en mille mois. Et c'est comme si le choix arrêté de ce nombre indiquait que ce qu'aucune définition ne borne peut être approché par un nombre qui s'ouvre et ne se ferme pas.